samedi 18 juin 2016

[Hors-Sujet Expérimental : Elias] Sous ma peau.











Nous sommes le 18 et, comme annoncé, voici un petit HS concernant ce cher Elias !
Avant de vous le livrer, quelques petites choses :






- Vu que les demandes ont été majoritaires concernant la partie "morbide" du passé d'Elias, j'ai résolu de vous faire lire l'un des chapitres bonus exclusifs au livre relié, car il est totalement centré sur ça. Je ne pensais & ne voulais pas transférer l'un des bonus ici, mais je n'allais pas non plus me paraphraser pour concocter une copie inutile.


- Vu que je trouve ça un peu injuste pour les personnes qui ont déjà lu ce chapitre, puisqu'elles ont acheté le livre, je leur propose une petite alternative, si ça les tente ; pourquoi ne pas poser directement des questions à Elias (et n'importe quelles questions, autant que vous souhaitez, no limit) ? Non seulement ce genre de procédé m'amuse comme une folle, et je ne sais pas pour vous, mais j'adore lorsqu'on me laisse la possibilité de faire ça pour des personnages de fiction que j'aime bien.
Si cela vous dit, posez-les lui en commentaire de cet article ;)


- Et pour finir : j'aimerai beaucoup pouvoir développer d'autres petits hors-sujets sur un, ou des, personnages particuliers à l'avenir. C'est un excellent exercice, qui me permet de développer de nouvelles bases ou d'en consolider des existantes concernant le background de mes personnages. Par conséquent, j'ouvre grand ma porte à vos envies, idées, suggestions et besoin. Après tout, l'histoire est déjà sur le net pour mon lectorat, autant composer sur des choses qui vous intéresseront le plus possible - même si évidemment, je vous réserverai des surprises de mon cru. J'ai donc l'idée de créer un article spécialement destiné à recueillir vos suggestions, puisqu'en plus j'ai la possibilité de mettre un lien direct et permanent dans la colonne de droite du blog (aller et revenir dessus sera donc très facile, en un clic !)


Dites-moi ce que vous pensez de ces projets en commentaire (j'ai réellement besoin de connaître votre avis là-dessus :D)



PS : j'ai également remis en route mon compte Ask, à toutes fins utiles ;)









Sous ma peau.







  Il se sentait comateux.

  Comme souvent depuis ces derniers jours. Ils devaient le droguer à son insu au moyen de cette misérable perfusion qu'on lui administrait de force. Elias ne pouvait remuer la main sans sentir la piqûre vicieuse d'une intraveineuse, qui lui donnait envie de l'arracher et de la jeter au loin. C'est ce qu'il avait fait les premiers jours, à tel point que l'équipe médicale avait fini par le sangler à son lit, comme on l'aurait fait avec un malade mental. Il avait bouilli d'une telle rage, d'une telle haine, essayant par tous les moyens de libérer ses poignets, en vain. Il avait continué de refuser de manger, alors la perfusion était restée.
  Néanmoins, il commençait à se calmer. Il s'était fait une raison ; à part se jeter du toit ou se pendre, il n'avait aucune chance de réussir à se tuer pour de bon en plein cœur d'un hôpital. Et pour tout dire, il commençait à s'ennuyer ; sur la télé de sa chambre, pas de câble, et supplier ses rares visiteurs de lui apporter quelques livres l'agaçait profondément. Pas le choix, il allait devoir donner le change pour partir enfin de cet endroit blanc et puant. Son plus gros effort allait être non pas de jouer la comédie, mais de réussir à apaiser momentanément la haine et le dégoût qui l'empêchaient de redevenir un acteur accompli. Une rage froide et sourde grondait en lui, il avait toutes les peines du monde à se maîtriser, à ne pas injurier le corps médical, à ne rien casser quand il était libre de ses mouvements.   
  Pourtant, cette haine était presque exclusivement dirigée contre ses parents, son demi-frère, sa famille ; mais ils n'étaient pas là, ils ne venaient presque jamais, ou alors seulement pour prendre connaissance de son état sans même venir le voir. Il ne pouvait donc pas la décharger, l'expulser.
  S'obligeant à respirer profondément pour essayer de calmer sa nausée, et se calmer lui, Elias fixa le plafond. Il en avait compté et recompté les dalles une centaine de fois.
  Tout ça à cause de la vanité de sa mère.
  Personne n'avait compris son geste, dans sa famille. Mais surtout, personne n'avait compris son choix d'exécution, c'est d'ailleurs cette question qui les intéressait le plus. Il aurait pu se pendre ; emprunter l'un des revolvers de collection de son oncle ; se jeter du haut d'un pont, dans le fleuve ; vider l'armoire à pharmacie. Cela, au moins, c'était propre - à l'exception du revolver, bien sûr, mais ça, c'était courageux et viril, n'est-ce pas ? Mais non. Il avait choisi de se couper les veines, de recouvrir de sang le carrelage de la salle de bain. Quelle honte.
  C'est de la mise en scène, pérorait James. Il a voulu faire son intéressant. Il a trop regardé de films de gonzesses.

  Pauvres abrutis. Ils n'avaient rien compris. Il ne comprendraient jamais rien.

  Avaient-il déjà oublié les autres fois ? Certes moins impressionnantes, mais... Ils ne l'avaient jamais pris au sérieux.
  De la mise en scène ? Ben voyons. Si cela avait été son désir, alors Elias aurait vraiment soigné sa représentation. Il leur aurait donné à voir un spectacle qui serait resté gravé dans leur rétine pour toujours.
  Il avait juste voulu se libérer, se libérer de lui-même, et c'est tout ce qu'il avait trouvé.
  Elias se détestait. Il haïssait son enveloppe physique presque autant que lui-même. Parce qu'il haïssait sa famille, et la notion même d'hérédité.
  Son physique ? Son père.
  Ses yeux ? Sa mère.
  Son intelligence ? Son père, et son père à lui, et son père avant lui.
  Elias n'avait rien qui lui appartenait vraiment. Sans avoir envie d'en rire, il se trouvait semblable à la petite Aurore, la princesse de la Belle au Bois Dormant ; il avait reçu des dons au berceau en héritage direct de sa famille, de ses parents. Ils ne lui appartenaient pas, il ne les avait pas mérités lui-même. Si on les lui enlevait, que restait-il alors ?

  Rien. Il ne reste rien.

Quand Elias se regardait dans une glace, c'était son père, qu'il voyait. Et quand il regardait son père, c'était lui, plus âgé, qu'il percevait.
  Il aurait voulu s'écorcher vif, arracher cette peau empruntée, cette aspect donné par ses parents, qui leur appartenait. Elias avait tranché dans sa chair, dans l'espoir de mettre au jour ce qu'il était vraiment au fond de lui, c'est-à-dire un amas de cellules et de viande inutiles, semblables à toutes les autres, sans qualités, sans particularités propres. 
  Puisque, sans sa chair, il n'était rien.
  Il revenait de loin, paraissait-il. Il avait entendu la discussion du médecin avec son père ; un peu plus profond et il aurait perdu l'usage de ses mains, abîmant trop gravement les ligaments de ses poignets.

  Tout ça à cause d'une putain de paire de boucles d'oreille.

  Il avait bien minuté son coup pourtant ; son père et sa mère partaient trois jours, James était chez des amis. La maison aurait dû être à lui, et personne ne l'aurait découvert avant le soir du troisième jour, déjà froid et raide.

  Mais non.

  Sa mère avait forcé son père à faire demi-tour, pour revenir chercher les si précieuses boucles d'oreille d'or et de porcelaine qu'elle chérissait tant. Elle était montée à l'étage, les avait récupérées dans leur écrin oublié. S'était dirigée vers la salle de bain des garçons, puisque la sienne et celle de père était fermée à clé le temps de leur séjour. Il paraît qu'elle avait lâché l'une des boucles, de surprise, en pénétrant dans la salle de bain et en découvrant la scène morbide. La boucle s'était fracassée sur le carrelage.
  A coup sûr, elle ne le lui pardonnerait jamais.
  Elias eut un sourire amer.

  J'aurai dû les avaler pour m'étouffer avant de me vider de mon sang, tes putains de boucles d'oreille.


  Installé dans le divan moelleux de la psychiatre la plus chère de la ville, Elias s'efforçait de rester impassible.

  On l'avait finalement laissé sortir dès qu'il avait fait preuve de "bonne conduite", cessant de se comporter comme un sauvage, acceptant enfin de manger leur nourriture dégueulasse, et surtout dès qu'il avait fait mine de regretter sa tentative de suicide. De la poudre aux yeux, évidemment ; Elias ne prévoyait pas de planifier de nouveau sa mort dès qu'on lui ficherai la paix car l'envie lui était passée pour le moment, blasé qu'il était, mais il ne regrettait absolument pas son geste.
  Maintenant il devait donner le change et se comporter comme un pauvre petit adolescent de seize ans perturbé pour des broutilles, afin que l'affaire soit classée, qu'on l'oublie, et qu'aux yeux des autres son acte ne devienne qu'un incident de parcours.
  Elias n'avait pas peur des psychiatres, des psychothérapeutes, et de tout le bataillon. Il les fréquentait depuis bien assez tôt ; ses parents avaient cru bon de faire évaluer son intelligence régulièrement, une fois à six ans, une autre à dix ans, et une nouvelle fois encore cette année - il avait toujours obtenu le plus haut "score" de la famille, d'ailleurs... Il s'en fichait, sauf par rapport à James, qui enrageait.
  Il avait également eu droit à un suivi psychologique serré plus jeune, concernant des faits dérangeants, des petits "accidents" survenus à l'école et au collège ; mystérieusement on n'avait jamais pu prouver formellement sa culpabilité à chaque fois, mais les victimes de ces sales tours ayant été catégoriques en plus d'être passablement traumatisées, ses parents avaient jugés bon de le faire suivre sous la pression des directeurs d'établissements et des parents des petites victimes. Et à chaque fois Elias s'était comporté comme un ange, rassurant son entourage, apparaissant comme celui qui avait été "au mauvais endroit, au mauvais moment".
  Il savait donner le change.
  Elias avait été tenté d'expliquer, plusieurs fois dans son enfance, qu'il n'avait rien d'un psychopathe en culotte courte ; il ne faisait jamais de mal gratuitement aux gens. Non, il se vengeait, tout simplement.
  Les garçons, les hommes, avaient une nette propension à se casser mutuellement la figure pour régler les conflits ; pas Elias. Il lui arrivait parfois de céder à la violence directe quand il n'avait pas d'autres moyens d'agir, certes, ou plus rarement quand il sortait totalement de ses gonds. Parce que l'arme favorite d'Elias, ce n'était pas ses poings, mais la vengeance. Peut-être était-ce à cause de James, qui l'avait torturé dès les premières années de sa vie jusqu'à ce qu'il apprenne à rendre les coups ; en tout cas, Elias était incapable de pardon. Si on l'agressait, si on lui portait atteinte de quelque manière que ce soit, il ne saurait passer à autre chose tant que sa vengeance n'était pas assouvie.
  Et heureusement, l'envie de le démontrer au monde lui était passée avec l'âge. N'apprenant à compter que sur lui-même, il n'aurait eu aucun intérêt à révéler ce sale petit secret à une tierce personne. Lorsqu'on grandit dans une famille de requins, on apprend à ne pas présenter son flanc, afin de ne pas être mordu.
  Aussi Elias restait calme, répondait aux questions de la psychiatre sans prendre l'initiative de lui parler. Elle cherchait à lui faire avouer par tous les moyens de bêtes problèmes, des frustrations qu'il aurait eues, pour expliquer son geste.

  Bien sûr. Les jolis garçons riches ne peuvent pas avoir de problème, n'est-ce pas ?

  Elle était peut-être chère, mais elle était mauvaise.
  Répondant à une énième question sans intérêt, Elias la fixa, impassible.

  Qu'est-ce que tu crois, pauvre demeurée ?
Je vois à la photo sur ton bureau que tes parents sont manifestement des gens ayant eu une vie modeste, dans la petite ferme délabrée qu'on voit derrière eux. Tu as eu une vie modeste. Tu déteste les gens aisés, les gens privilégiés dont je fais partie. Tu trouve que l'argent est la plus grande injustice de ce monde, hein ? Tu te fais payer si cher, parce que tu as l'impression de te venger, de t'enrichir sur le dos des riches.
  A côté de ton bureau, il y a une pile d'exemplaires de ton livre, dont tu es si fière. Sans doute les as-tu dédicacés à l'avance. Tu vas essayer de m'en refourguer un quand on se quittera. Tu te pense intellectuelle, car l'intellect ne s'achète pas.
  Je ne t'ai pas dit que j'ai été diagnostiqué surdoué dès mes six ans. Tu serai jalouse. Mes parents ne te l'ont pas dit, car ils comptent sur moi pour le faire. Ils pensent que j'en suis fier. Pauvres cons. Le bonheur diminue là où l'esprit abonde, seuls les imbéciles heureux l'ignorent. 
  Tu me regarde avec un sourire de commisération, mais je vois dans tes yeux que tu me méprise. Tu pense que je me suis inventé des problèmes, que mon malheur n'a pas lieu d'être. Les gens bien nés n'ont jamais de problèmes, hein ? 
  J'ai laissé mes parents m'expédier ici car je tiens à mon papier de sortie. Je préférerai crever plutôt que de me confier à toi. Je sais ce que va être ton traitement ; tu va me renvoyer avec une ordonnance pour que je puisse me bourrer de cachets.
  Parce que selon toi, je n'ai pas de problèmes.
  Tu me demandes pourquoi j'ai voulu mourir, je m'entends te répondre avec ma petite voix de victime, que j'ai répétée pour l'occasion, que j'avais un chagrin d'amour. Tu t'y attendais, hein ? Les riches réfléchissent avec leur portefeuille et leur bite, c'est bien connu.
  Mais tu voudrais vraiment savoir pourquoi ? Tu voudrais que je te dise que je ne peux même plus me supporter dans un miroir ? Que j'ai l'impression d'être un foutu clone de mon paternel, l'être que je hais le plus sur cette terre ? Je suis une belle pomme, rouge, luisante et sans imperfections, mais déjà je sens le ver à l'intérieur de moi commencer à me gangrener. Je suis destiné à devenir ce qu'est mon père, ce qu'était son père avant lui. Je suis né avec du sang pourri, qui fait de moi une belle ordure. Je suis vicié dans mon sang, dans mon être. Je suis incapable d'amour et d'empathie, la vengeance et la satisfaction personnelle et égoïste sont mes raisons de vivre, dussé-je marcher sur des cadavres. Il n'y a qu'un pas entre mon demi-frère et moi, quand je serai devenu comme lui, j'aurai franchi le point de non-retour.
  Je ne supporte plus de me voir dans les miroirs. Ce fameux jour, j'ai brisé le plus grand de toute la maison, le préféré de ma mère. Je me regardais, et j'ai vu mon père. Je l'ai brisé avec mon poing, oui, je me suis mis mon poing dans la gueule, j'ai explosé ce putain de reflet. Tout craquelé, il me ressemblait mieux, comme si j'étais Dorian Gray, avec son portrait vicié. Mais ça ne suffisait pas. Alors j'ai ramassé les éclats de verre, et je me suis lacéré, lacéré, et lacéré encore, dans l'espoir d'en finir enfin. Je me suis regardé mourir.
  Tu le comprendrais, ça ? 
  Bien sûr que non. Tous les gens veulent être beaux et riches, c'est bien connu.

- Est-ce que tu as compris ton geste, maintenant ?


  Hochement de tête penaud.


- Bien sûr. Je... Je sais que c'était stupide, maintenant. Que j'ai fait peur à tout le monde, et je m'en veux, je m'en veux tellement...


  Les séries télé débiles avaient du bon, finalement. Elias avait un peu de mal à fournir la petite larme, mais tout le reste y était ; le ton, la mine défaite, le regard fuyant. 
La psy gribouilla quelque chose sur son carnet.

  Laisse-moi deviner ; "pauvre petit imbécile qui s'est pris pour Roméo mais regrette d'avoir peiné papa et maman - problème résolu, prescrire antidépresseurs" ?

Nos séances ont porté leurs fruits, Elias, tu vois. C'est l'heure, je verrai tes parents la prochaine fois et je leur expliquerai ce que tu n'as pas su leur dire, d'accord ? En attendant, je vais voir avec ton médecin s'il est possible de te prescrire quelque chose pour apaiser tes angoisses.


  Je t'en prie, fais donc. Je n'avalerai pas un seul de tes foutus cachets, je les mettrai de côté l'un après l'autre. Pourquoi ne pas les avaler tous d'un coup un jour prochain ?

  Elias la remercia poliment et quitta le cabinet avec un livre sous le bras, après lui avoir remis une enveloppe de liquidité bien remplie pour payer la séance et le pavé.

  Sitôt hors du bâtiment, il jeta le livre dans la première poubelle venue.

  C'était de faux billets, de toute façon.









dimanche 12 juin 2016

Oeil pour oeil...














  J'avais passé la nuit à ruminer.
  Une nuit blanche, une nuit détestable, une nuit que je n'oublierai pas de sitôt. 
  
  Comment avaient-ils pu me faire ça ?

  Je me souviens avoir bourré mon oreiller de coups de poing, puis l'avoir trempé avec des larmes de rage, brûlantes et amères.
  Je les avais détesté, tous les deux. Je leur avais souhaité pire que la mort, j'avais imaginé les étrangler l'un après l'autre.
  Et puis, je m'étais calmé, la colère noire faisant peu à peu place à une rage froide, contrôlée, comme j'en avais rarement ressentie. J'avais beaucoup réfléchi, étendu sur mon lit en bataille, les bras en croix, fixant le plafond. Et j'en étais parvenu à la conclusion logique que le seul vrai coupable de cette machination, c'était Elias.
  J'en voulais à Alexandra ; encore un peu. Mais pour une fois, je me disais que je n'avais pas été trop con, que j'avais su voir au-delà des apparences ; Alexandra était manifestement toujours amoureuse de lui, car je restais persuadé que jamais, au grand jamais, elle ne l'aurait laissé approcher dans le seul but de s'amuser, ou de l'aider à me faire du mal.
  Alexandra n'avait jamais cessé de l'aimer.
  Après la colère, m'était venu un grand sentiment de pitié, et de la culpabilité, à son égard. Je ne savais que trop bien ce que cela faisait, d'aimer à sens unique ; elle avait dû avoir mal, et ce pendant longtemps. Et je n'avais rien vu. Elle avait trimballé une plaie ouverte qui refusait de guérir, et moi, j'avais été le sel sur cette plaie, en roucoulant avec Elias juste sous son nez, finalement. Comment lui en vouloir longtemps, d'avoir cédé, d'avoir pris ma place ? Après tout, elle s'était emparé une chaise vacante, elle ne m'en avait pas délogé. Comment lui en vouloir alors que moi, à l'époque, je ne m'étais pas gêné pour interférer dans le couple de Jessie, pour la simple et bonne excuse que j'en étais fou ? Je ne m'étais pas soucié de savoir de ce qu'il adviendrait après mon passage, et comment se sentirait le pauvre mec qui était là avant moi. J'étais mal placé pour faire des reproches.
  Alexandra était ma meilleure amie, un peu comme une sœur, et j'avais décidé qu'elle le resterait. Je lui en voulais davantage de m'avoir menti par omission, d'avoir tout fait pour cacher sa liaison, plutôt que de s'être remise avec Elias, finalement ; j'avais l'impression qu'elle n'avait pas confiance en moi, qu'elle était persuadée que je lui aurai sauté à la gorge. J'allai avoir besoin de discuter avec elle.
  Mais pour Elias....
  Pour Elias, il n'y aurait nul pardon. Je savais qu'il agissait de la sorte pour me faire mal, uniquement pour ça ; le hasard avait fait que j'avais découvert seul le pot aux roses, mais je restais persuadé qu'il se serait arrangé pour me le jeter à la figure, tôt ou tard. Non seulement il me faisait mal... Mais il se servait d'Alexandra.
  C'était impardonnable.
  Durant cette fameuse nuit, j'avais essayé de le haïr ; de me persuader que c'était un sombre connard, et que je devais tourner la page, une fois pour toutes. J'avais plusieurs fois louché vers ma veste, dans la poche de laquelle traînait encore le papier avec le numéro de Matt, si je ne l'avais pas perdu. J'avais caressé l'idée de l'appeler, de lui donner un quelconque rendez-vous, et de conclure l'affaire vite et bien. Puis de m'afficher avec sous le nez d'Elias, pour ce que ça valait. Et pour me persuader que je pouvais tourner la page.
  Mais ces efforts avaient été inutiles, en plus de décupler ma rage, si c'était encore possible. Au petit jour, un plan foireux mais très satisfaisant avait fini d'éclore dans mon esprit. Et plus tard, alors que la matinée était bien avancée, j'avais empoigné mon téléphone, et appelé Morgan, afin de m'enquérir s'il serait libre pour la soirée ; à condition bien sûr qu'il n'ait rien de prévu avec Elias. Il n'allait pas chez lui, par hasard ? Morgan eut tôt fait de m'apprendre tout ce que je voulais savoir au cours de son babillage, et je raccrochais avec l'information qu'Elias n'était pas libre ce soir, et ne serait de toute façon pas chez lui, car il irait voir Alexandra, sans doute pour lui changer les idées, le cher ange.
  Lui changer les idées... Et les draps, probablement.
  Sombrement satisfait, j'avais ensuite farfouillé dans mes achats de la veille, qui tomberaient à point nommé, et préparé mon coup.
  Je serai bel et bien de sortie, ce soir ; mais je serai seul.




  Vers vingt-deux heures, j'étais planté devant la propriété d'Elias, et de sa famille de cons. Je fus satisfait de voir la maison plongée dans l'obscurité, et nulle voiture n'occuper la cour. Même s'il y avait eu quelqu'un, je serai passé outre ; j'étais trop fermement déterminé.
  Je m'éloignais du portail, et longeais le mur d'enceinte quelques mètres, avant de trouver ce que je cherchais ; un petit arbre, semblable à ceux plantés de l'autre côté du trottoir. Je l'avais repéré depuis un moment déjà, et j'avais toujours pensé qu'il m'aiderait à entrer, si jamais je devais un jour rejoindre mon cher et tendre en douce ; je n'aurai jamais cru qu'il me servirait à accomplir une vengeance toute personnelle.
  Je rajustais mes bretelles de sac à dos sur mes épaules, et commençais à grimper prestement. Je n'étais peut-être pas un très bon acrobate, mais j'avais l'atout non négligeable d'être léger, et de savoir m'agripper comme un petit singe.
  Quitter l'arbre pour me retrouver à califourchon sur le mur ne fut pas difficile ; je jaugeais le parc en contrebas, inquiet, comme toujours, à l'idée que les chiens ne me tombent dessus. J'étais entièrement vêtu de noir, avec des gants et un bonnet en sus, mais je doutais qu'ils se laissent abuser, s'ils étaient dans le coin.
  Je balançais mes deux jambes de l'autre côté du mur, puis sautai dans l'herbe, le contenu de mon sac bringuebalant à la réception. Je me figeais, l'oreille aux aguets ; rien ne bougea.
Je me dépêchais de cavaler jusque sous la fenêtre d'Elias, avant de fouiller dans les massifs de fleurs ; comme je m'y étais attendu, l'échelle n'était plus là, mais j'avais tenu à vérifier. Je me dirigeais donc vers la cabane de jardinier, satisfait de bénéficier d'assez de lumière lunaire pour ne pas avoir à utiliser ma lampe torche. Arrivé devant, je me heurtais à une porte verrouillée ; aussitôt, je sortis de ma poche une petite paire de crochets en fer, de ma propre fabrication. Agenouillé devant la porte, je me mis à charmer la serrure ; il était dingue de constater à quel point les mauvaises habitudes revenaient vite. J'avais appris à gruger les serrures, les verrous et les cadenas en tout genre, pour peu qu'ils ne soient pas trop complexes, depuis longtemps ; mais cela faisait un sacré moment que je n'avais rien volé, et rien trafiqué du tout. Aussi, fus-je satisfait, pendant que je déplaçais délicatement l'une des tiges métalliques recourbées à la recherche de sensations pour me guider, de constater que je n'avais pas perdu la main.
  Avec un déclic satisfaisant, la serrure rendit bientôt les armes, et je pus me procurer l'échelle dont j'avais besoin. Je grimpais ensuite jusqu'à la fenêtre de la chambre d'Elias, pour tirer de mon sac un petit marteau fauché à mon oncle. Sans cérémonie, je bousillais un carreau avec une sombre satisfaction, n'ayant plus qu'à glisser ma main gantée par l'ouverture afin d'actionner la poignée de la fenêtre. Quelques secondes plus tard, je me coulais à l'intérieur, toujours un peu surpris de constater à quel point commettre une effraction restait facile, même chez ces riches qui se croyaient à l'abri, avec leurs portails et leurs murs d'enceinte imposants.
  Sans perdre de temps, je fermais les épais rideaux opaques afin de pouvoir allumer la lumière en toute tranquillité. Durant une poignée de secondes, ma colère froide reflua, et mon cœur se serra à la vue de cette chambre familière, toujours si bien rangée, où j'avais passé tant de bons moments. Je passai une main sur le bureau, où s'alignaient des livres et les derniers cours d'Elias ; résistais à l'envie d'aller fouiner dans son dressing, où son parfum et son odeur devaient certainement s'attarder. M'assis sur le lit, effleurai un oreiller. Ce n'est que lorsque mes yeux constatèrent qu'il n'y avait plus la moindre trace de ma présence dans cette chambre, depuis les photos punaisées aux murs qu'on avait enlevé, aux quelques bidouilles à moi qui avaient toujours traîné ici, que le charme se rompit. La colère revint, et je me débarrassais de mon sac d'un coup d'épaule, froidement résolu.
  De mon sac, je tirai une bombe de peinture d'un rouge éclatant ; j'avais pratiqué l'art du tag, avant le centre, et sans être un véritable artiste, je m'étais bien amusé et avais su réaliser des petites choses pas si mal. Je n'avais jamais tagué d'obscénités, en tout cas ; il était temps de commencer.
  Me dressant sur la pointe des pieds, je pulvérisais avec application et bientôt, un énorme "PAUVRE CON" écarlate s'étalait sur le mur autrefois immaculé, comme tracé avec du sang. Inutile de faire dans la finesse, ni de laisser un roman ; le message était on ne peut plus clair. Il trahissait toute ma déception, ma colère et mon mépris ; Elias le recevrait cinq sur cinq.
Je reculais de quelques pas pour admirer mon oeuvre, qui de surcroît, était parfaitement droite. Avec un plaisir non dissimulé, je regardais les lettres rouges goutter sur la moquette impeccable, accentuant l'insulte.
  Je me mis ensuite à la recherche de la boîte à dessins d'Elias, qui était toujours sous son lit, comme lorsque je l'avais découverte la première fois. Sans aucune gêne, je vidais l'intégralité de son contenu sur le sol, remarquant au passage que la poussière accumulée sur le couvercle trahissait le fait qu'elle n'avait pas été touchée depuis longtemps.
  Je classais les œuvres en deux piles ; les dessins divers et variés, et les dessins de moi. Il y en avait plus que la dernière fois ; et comme je n'avais jamais accepté de poser pour lui, j'en déduis qu'Elias les avait réalisé de mémoire. Comme toujours, c'était saisissant ; mes doigts tremblèrent un peu, mais ma résolution ne faiblit pas. Méticuleusement, je les déchirais tous, j'en fis des confettis irrécupérables, dont je saupoudrais la moquette, et le lit. Avant de ranger la boîte, je m'emparais d'un vieux portrait d'Alexandra, que je laissais sur un oreiller, bien en évidence.
  Pour finir, je passais la chambre au peigne fin, à la recherche de la petite aile d'argent à cordelette que j'avais offerte à Elias, il y a déjà si longtemps, j'avais l'impression. Il n'avait pas daigné me la rendre ; et même si c'était pour la ranger quelque part et ne plus jamais y toucher, je brûlais de la récupérer.
  Mais cette fois, mes efforts s'avérèrent vains ; impossible de la retrouver. Je n'osais pas rester trop longtemps, ni mettre le bazar ; aussi, dépité, je m'autorisais encore dix minutes de recherche, avant d'abandonner, frustré, et de mettre les voiles.
  J'avais fait en sorte qu'Elias ne puisse ignorer l'auteur du message, ni sa signification ; j'aurai pu me contenter d'un simple vandalisme, mais je n'aurai pas été entièrement satisfait. Je ne pouvais prédire s'il en parlerait à ses parents, qui d'après ce que je savais, ne foutaient de toute façon jamais les pieds dans sa chambre ; de toute manière, je m'en fichais éperdument.
J'avais eu ma vengeance, et c'était tout ce qui comptait.




  Durant la nuit suivante, je me réveillais avec la sensation diffuse et inexplicable d'être observé. Alors que je papillonnais, les yeux encore gonflés de sommeil, mon cœur manqua un battement en avisant une grande silhouette noire se découper devant ma fenêtre ; alors que je me redressais en sursaut, la silhouette se rua sur moi, et me plaqua sa main sur la bouche.

- Ne t'avise pas de crier.

  L'espace d'un instant, je me détendis en reconnaissant Elias ; pas de cambrioleur ou de meurtrier, bonne nouvelle. Mais la seconde d'après, je sentis un petit frisson dévaler ma colonne vertébrale ; au vu de l'heure tardive de sa visite, et du ton glacé de sa voix, la suite de la nuit n'allait probablement pas être des plus agréables.
  Je ne bougeais pas, et Elias retira sa main. Tâtonnant, j'allumais ma lampe de chevet, et le regardais.
  Campé près de mon lit, les bras croisés, il dardait sur moi un regard étincelant, presque assez palpable pour me réduire en cendres. Vêtu comme à son habitude, il ne semblait rien avoir amené avec lui, si ce n'est une colère froide évidente. J'avais complètement oublié qu'il possédait la clé du cadenas de ma fenêtre ; et, y aurais-je pensé, j'en aurai déduis qu'il s'en était probablement débarrassé. Je ne m'étais pas posé beaucoup de questions quant à ma vengeance de la veille, à vrai dire ; j'avais imaginé qu'il essaierait de me coincer à la rentrée, ou bien qu'il aurait l'humilité de reconnaître qu'il ne l'avait pas volé. A vrai dire, je m'en moquais.
  Mais ce soir, preuve était faite que j'aurai dû m'inquiéter un peu plus.

- Alors ? T'as pris ton pied, hier soir ?

  Je pris le temps de confortablement m'adosser contre mon oreiller. J'étais encore bien trop en colère, et effectivement satisfait de ma petite vengeance, pour songer à m'excuser ou à le supplier de m'accorder un hypothétique pardon.

- J'avoue. Plus qu'avec toutes les fois avec toi.

  Je vis ses doigts s'agiter, comme s'il rêvait de les serrer autour de mon cou, mais je n'en tins pas compte. C'était lui qui me devait des excuses.

- Comment as-tu pu...

- Oh, c'est facile. J'ai acheté une grosse bombe de peinture, j'ai pris ton échelle, j'ai pété ton carreau, et j'ai refait ta déco. T'aurais jamais pensé que le pauvre petit Ivy aurait assez de couilles pour jouer un vilain tour au grand méchant Elias, hein ? 

  Elias me toisa un instant, puis se fendit d'un horrible sourire.

- Comment as-tu pu penser, ne serait-ce qu'un instant, que je me suis remis avec Alexandra juste pour t'atteindre ? Tu te prends vraiment pour le nombril de la terre. 

  Il sauta d'un bond sur le lit, afin que son visage soit tout près du mien. Je voyais danser une lueur sournoise dans ses yeux.

- Comment as-tu pu penser que tu m'importais encore assez pour que je me donne la peine de me venger ? 

- C'est ça. Genre, je vais te croire.

- C'est Alexandra, qui a tellement insisté pour qu'on se cache. Elle ne voulait pas te faire de bobo. Si tu savais comme j'en ai rien à foutre... Si j'avais vraiment voulu me venger, tu serais déjà en train de pleurer dans un coin de ta chambre, pauvre petit crétin. Pourquoi perdrais-je du temps pour toi ? Tu n'es pas dangereux... Tu n'es pas gênant...

Elias me fixait toujours, hilare.

- ... Tu n'es simplement rien.

  Je m'aperçus que mes doigts s'étaient crispés sur mes draps, tandis que je l'écoutais déverser ce flot de paroles assassines. Soudainement, je ne fus plus sûr de rien. Est-ce que c'était la vérité ? Est-ce que je ne lui inspirais vraiment plus rien, aucun sentiment, même pas assez de ressentiment pour qu'il ait envie de se venger ?

- Tu... Tu mens, hasardais-je.

- Oh, tu aimerais bien, hein ? susurra-t-il à mi-voix.

- Tu mens ! Tu ne serais pas là, sinon. Tu ne serais pas là à me parler... Tu ne me parles plus depuis qu'on a rompu, tu ne me regardes même plus ! Et ce soir, te voilà ?

  Elias haussa un sourcil d'étonnement poli.

- Tu as dégueulassé ma chambre, et saccagé des heures de travail, tu ne crois tout de même pas que j'allais passer outre ? Cela m'a fait de nouveau, vaguement, me rappeler de toi. Ne t'emballes pas.

  Je le fixais sans ciller, à m'en faire mal, tandis que je sentais les larmes traîtresses monter, sans que je puisse les refouler. Je m'étais attendu à tout, depuis la rupture ; je m'étais également attendu à des représailles, une colère, voir même à un peloton de flics, après ma vengeance ; j'avais résolu d'encaisser les conséquences de la première, et de me foutre de celles de la deuxième. Mais une nouvelle fois, Elias me montrait à quel point il savait taper là où ça faisait mal, à quel point il pouvait être cruel, et balayer d'un geste toutes mes certitudes.

  Courageusement, je ravalais mes larmes, ce qui me demanda un effort hors du commun. Et puis, je me forçais à sourire moi aussi, un sourire horriblement douloureux et faux.

- Tu peux courir pour que je te fasses des excuses. Mais au moins, on est quittes ; t'es avec Alexandra, c'est très bien, félicitations. Je n'aurai plus à me cacher, moi non plus.

  Elias plissa les yeux sans mot dire, prouvant que j'avais son attention pleine et entière. Détestant chacun de mes mots, je poursuivis :

- T'as raison, j'ai été stupide... Stupide de croire que je devais prendre la peine d'attendre un peu, de te montrer du respect. Si tu savais combien ton frère est quelqu'un d'impatient...

  J'aurai juré avoir vu les pupilles d'Elias brusquement s'étrécir.

- Qu'est-ce que tu racontes comme conneries ?

  Je ne me serai jamais cru capable de mentir si vite, d'assembler des éléments aussi disparates pour former un tissu de mensonges pareil. Je me reconnaissais à peine, je ne savais plus ce que je faisais, seule comptait une seule chose ; lui faire mal, vite, si mal, avant qu'il ne m'achève.

- Ton frère. Il m'a envoyé des fleurs, assez vite après la rupture.

  Je me souvenais avoir vu les fleurs de James chez Alexandra, je me souvenais de ce qu'elle m'avait dit, des détails qu'elle avait mentionné.

- Un magnifique bouquet de roses blanches, il envoie toujours des blanches, non ? Avec sa petite carte de visite bleue et dorée.

  Elias ne bougeait pas, ne cillait pas. Il me fixait à la manière d'un fauve à l'affût.

- Au début, je n'étais pas chaud, mais ensuite... Lui l'était tellement, hm... Je suis allé le voir chez lui, dans son pavillon...

  Pavillon que Morgan m'avait montré, alors que nous passions dans le coin. J'avais craché sur le portail, et juré de ne jamais y foutre les pieds. Et comme Morgan, hier au téléphone, m'avait dit dans la conversation que James était à l'étranger pour le moment, je pouvais jouir de mon mensonge quelques temps avant qu'Elias ne l'évente, si toutefois il le gobait.   
  Ensuite, il passerait probablement pour un con auprès de son demi-frère, s'il s'avisait de lui sauter dessus ; une pierre, deux coups.

- On a discuté... Il est pas si mal, ton frangin, en fait. Beaucoup moins secret et manipulateur que toi, et c'est un sacré avantage. Et après...

  Mon sourire s'étira encore, si seulement c'était possible.

- On a baisé comme des furieux. Comme des bêtes. T'aurais dû voir ça... T'aurais sûrement appris quelques trucs.

- Tu mens, siffla Elias.

- Oh, mais non. Tu veux encore des preuves ? Genre, les deux grains de beauté qu'il a sur le bas-ventre ?

  J'avais eu la curiosité de consulter son profil facebook et, narcissisme oblige, ce pauvre débile s'y exposait en photo, sous toutes les coutures.

- Tu MENS !

  Elias m'avait bondi dessus, me plaquant sans aucune douceur sur mon matelas. Il écumait de rage ; moi aussi, je savais taper où ça faisait mal, ce soir.
  J'avais été à bonne école, non ?

- Je ne mens pas. Dès qu'il rentrera de l'étranger, il m'a promis qu'il m'emmènerait à Paris. Et j'ai dit oui, ronronnai-je.

  Nous nous fixâmes. Je venais, je crois, de proférer l'un des plus gros mensonges de mon existence, dans le seul but de l'énerver, de voir si ça lui importait ne serait-ce qu'un tant soit peu, de m'imaginer avec quelqu'un d'autre ; j'avais espéré qu'il déguerpisse et aille crier ailleurs, afin de me laisser tout le loisir de m'écrouler en larmes sur mon lit. Mais je commençais à me dire que, outre le fait d'avoir remarquablement bien fonctionné, mon bobard venait d'allumer une mèche, quelque part dans un coin de sa tête.

- Tu.. Je...

  Je le fixais avec une inquiétude grandissante ; Elias me maintenait les poignets avec force, et tremblait de rage. Il semblait se retenir de tout casser, la menace de mon oncle endormi à l'étage du dessous l'en retenant peut-être, quoique à grand-peine. Brusquement, il lâcha l'un de mes poignets pour me saisir à la gorge, pas assez fort pour vraiment me faire mal, mais bien trop pour que ce soit un simple jeu.

- Je t'interdis...

  Il se pencha davantage sur moi. La seule fois où je l'avais vu dans cet état, c'était le fameux jour de notre rupture. Deux choix s'offraient à moi ; désactiver la bombe, ou profiter de sa faiblesse pour démêler le vrai du faux.
  Il fallait que je sache s'il m'avait menti.
  Il fallait que je sache, si j'étais encore quelqu'un à ses yeux.
  Et peu m'importait d'y laisser des plumes, ou des dents.
  Seul comptait ce regard furieux et troublé, dardé sur moi.

- Je ne t'appartiens plus, soufflai-je. Je ne te dois rien.

  La prise sur ma gorge diminua, et Elias se redressa lentement. Quelque part dans ma poitrine, mon cour se gonfla de déception et d'un authentique chagrin, prêt à éclater. Je m'étais trompé. Je m'étais...

- Je t'INTERDIS d'être à quelqu'un d'autre, siffla brusquement Elias avant de me saisir à bras-le-corps, me plaquant durement contre le mur, et venant s'emparer de mes lèvres sans aucune douceur.

  Surpris et un peu effrayé, je le repoussais, mais il me plaqua de nouveau sur le matelas. Je pensais une seconde à appeler mon oncle, mais à cet instant, Elias plongea sur moi, et une déferlante de souvenirs m'assaillit en même temps que son odeur si familière, dont le manque m'avait blessé un peu plus chaque jour, et le goût de ses lèvres reconnaissable entre mille, pour qui je me serai damné. Gémissant, je le laissai m'embrasser avec une telle colère qu'il m'entailla la lèvre, donnant à nos baisers un goût âcre de sang qui, loin de nous stopper, accentua encore plus notre frénésie sauvage et décousue. Je fus incapable de comprendre comment je me retrouvais nu entre ses bras, le ventre collé aux draps, l'une de ses mains agrippant solidement ma hanche tandis qu'il allait et venait au creux de mes reins, sa divine bouche dans mon cou, me soufflant alternativement des menaces et des gémissements au creux de l'oreille, lorsque je ne sentais pas ses dents ou sa langue sur ma peau frémissante. Je me battis pour lui faire face de nouveau, pleurant à moitié face à la douleur que m'infligeaient ses morsures sur les parcelles de ma peau déjà malmenées, plantant en retour mes ongles dans la sienne, y laissant ses sillons rougeâtres. Sans aucune douceur, il avait saisi ma cuisse et la maintenait pressée contre son flanc, la cadence diabolique de ses reins nimbés de sueur me forçant à chaque seconde à ravaler mes cris. Une fois de plus, il se pencha sur ma gorge à la faveur d'un puissant coup de rein qui me fit hoqueter, pinçant la chair tendre et sensible à cet endroit, y laissant une énième marque qui me frappait du sceau de sa possession. Je le suppliai d'arrêter, de me laisser en paix, incapable de résister à l'effet que produisaient ses implacables assauts sur mon pauvre corps, mais je n'eus droit pour toute réponse, qu'à un baiser enfiévré qui étouffa mon ultime cri. Lorsque son corps se sépara enfin du mien, je roulai sur le côté afin de lui échapper, mais Elias m'en empêcha, attrapant mon menton pour me forcer à le regarder. Si près de moi, que j'aurai pu l'embrasser, il me souffla d'une voix basse et rauque :

- Plus. Jamais.

  Sans me laisser le temps de l'interroger sur le sens exact de ses paroles, si toutefois j'en aurai été seulement capable, il m'abandonna entre les draps défaits, se rhabilla en un éclair, et disparu dans la nuit.





A suivre...








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Picture by takemetoanotherplace ~



Petit rappel :





l'édition reliée de No One Can Die (exemplaire de 666 pages, comportant des illustrations et des chapitres totalement inédits) est disponible à la vente ! Vous pouvez vous la procurer sur Lulu.comAmazon, ou bien directement auprès de l'auteur en envoyant un mail à l'adresse Ladistylo@outlook.fr ;)


lundi 6 juin 2016

Happy (or not) Birthday...









Bien le bonjour !


Aujourd'hui, nous sommes le 6 juin ; or, lorsque j'ai créé le personnage d'Elias, j'ai défini très rapidement sa date de naissance : le 6 juin à 6h00, soit le 666.
Coïncidence ? Que nenni !

Quoiqu'il en soit, cela m'a remémoré de bons souvenirs, et donné envie d'écrire un peu sur lui en aparté, un peu comme un petit spin-off.

Donc, j'ai décidé de vous laisser le choix d'un thème ; en commentaire, dites-moi ce que vous voulez apprendre, voir, ou connaître sur notre psychopathe blond mégalo.
Vous avez jusqu'au 11 juin ; je tirerai au sort, et écrirai un petit texte sur la thématique retenue, que je mettrai en ligne le samedi 18 (le nouveau chapitre, lui, sera posté le dimanche 12 exceptionnellement comme annoncé).


C'est à vous ♥